Pourquoi ce projet ? 

Avant toute chose, il nous semble important de vous expliquer comment ce projet nous est venu mais aussi et surtout pourquoi il y a, selon nous, un besoin urgent d’une telle démarche actuellement.

Nous entendons tous parler de la crise des migrants depuis quelques années, que ce soit au travers des médias ou dans notre entourage et bien trop souvent le discours reste le même : « Ils ne sont que de passage, pourquoi essayer de les intégrer et de leur donner la parole s’ils finiront quand même par être expulsés? »

 

Nous avons décidé de prendre le problème dans l’autre sens : c’est en leur donnant la parole et en leur donnant la possibilité de s’inclure dans la vie culturelle bruxelloise qu’ils finiront par être entendus. 

Il existe donc bien d’autres façons de s’intégrer dans une société qu’économiquement. L’art et la culture en font partie.

Et oui, l’art ne sert pas qu’à être joli, il peut avoir une fonction sociale qui n’est pas des moindres. On peut l’observer à travers les nombreuses initiatives d’art participatif.

L’art participatif est la rencontre d’un groupe de personnes se réunissant autour d’une pratique artistique afin de créer ensemble une œuvre. Dans ce genre de démarche, le processus et la rencontre importent plus que le résultat final.

Cette forme d’art permet aux personnes de milieux différents de se rencontrer, aux dialogues de se créer, aux frontières mentales de s’effondrer et à la créativité d’émerger. 

À Bruxelles, il existe de nombreuses initiatives participatives dans un but d’inclusion sociale des demandeurs d’asile, réfugiés et sans-papiers. Mais pourtant ces initiatives restent encore trop peu visibles et surtout trop peu valorisées alors que leurs bienfaits sont évidents.

Dans certains cas, ces initiatives permettent aux participants de sortir d’une forme de solitude ou d’exclusion en s’exprimant de manière alternative (non-verbale) et en dialoguant, comme nous l’explique Annabel Debaenst, chargée de projets chez Lasso, réseau bruxellois de participation culturelle et d'éducation à l'art. 

C’est pour cela que nous sommes persuadées que l’art participatif peut participer à l’inclusion sociale des primo-arrivants.

Parallèlement à cela, ces initiatives permettent aux citoyens du pays d’accueil d’avoir leur propre image et surtout leur propre vécu aux côtés des primo-arrivants au lieu de se nourrir uniquement des messages véhiculés par les médias et les discours politiques. 

Une nuance reste tout de même à apporter, comme nous l’explique Xavier Guillemin, psychologue chez Médecins Sans Frontières, l’art en lui-même n’est pas thérapeutique. Nous ne prétendons pas du tout que l’art participatif va tout résoudre mais par contre, s’inscrire dans un projet a une portée thérapeutique si l’initiative vient bien des participants. 

L'équipe Prends p'art

En plus de ce paradoxe, l’intégration est souvent pensée de manière économique. L’étranger s’intègre en participant à l’économie du pays. Sylvie de Terschueren, chargée des questions d’intégration au CIRE, nous explique que ce paradoxe politique vient sûrement d’une mauvaise interprétation de l’intégration, qui se fait à trois niveaux. 

 

On peut donc sortir d'une forme d'exclusion en s'exprimant de manière non-verbale; nous explique Annabel Debaenst.

"L'art en lui-même ne guérit pas, ce qui peut être thérapeutique c'est de s'inscrire dans un projet, qu'il soit artistique, participatif ou collaboratif ".

Xavier Guillemin

Et le rôle des politiques dans tout ça ? Comme nous l’explique Alexis Deswaef, ancien président de la Ligue des droits de l’Homme, l’attitude du gouvernement fédéral est paradoxale.