SINGA

La scène comme langage universel

Nous avons eu la chance de rencontrer Béatrice, une des organisatrices d’un atelier théâtral destiné à un public de locaux mais également à un public de migrants. Grâce à l’ASBL Singa, Marie et Béatrice ont eu l’occasion de mettre en place ce magnifique projet. L’ASBL Singa a pour but de créer du lien entre des personnes primo-arrivantes et des personnes de la société d’accueil à travers une série d’activités. Le but est que toute personne qui arrive en Belgique puisse avoir la possibilité de pratiquer son français ou son néerlandais, de rencontrer des locaux, de créer des contacts et de développer son réseau. Singa a la volonté de faire partie des acteurs qui tentent de promouvoir l’intégration des personnes primo-arrivantes mais d’une autre manière, à travers principalement des ateliers et des espaces de rencontre. Béatrice a bien voulu nous accorder une interview pour en savoir d’avantage sur cet atelier assez unique. 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots? 

 

Béatrice : J’ai une double formation. J’ai une formation d’enseignante et de comédienne. En ce qui concerne la pratique, j’ai très peu enseigné. J’ai travaillé de nombreuses années dans le théâtre militant jusqu’à ce que j’abandonne le théâtre car je devais gagner ma vie. Lorsque je n’avais plus de soucis de survie, je suis retournée à ma première passion, le théâtre.

 

Comment avez-vous eu l’idée de réaliser un tel projet? 

 

Béatrice : L’idée venait d’une amie qui avait également une expérience théâtrale. Elle est venue me trouver avec l'idée de faire un atelier destiné en priorité aux migrants mais bien entendu de les mêler à des locaux parce que c’est en créant des échanges que ça peut être intéressant. Le résultat c’est que les migrants, ça migre. On est parvenu à faire venir des migrants grâce à Singa et leur base de données qui comprend des migrants venant de Syrie, d' Irak, de Guinée, du Soudan etc. 

Ils sont venus une fois, parfois deux fois ou trois et puis ils ne revenaient plus. Soit parce qu’ils étaient reconduits chez eux ou qu’ils avaient du travail donc ils ne pouvaient plus être là. Soit pour des problèmes de langue. Certains ne parlaient que l’arabe donc ça posait un problème. Néanmoins, ceux qui sont venus, même une fois, en ont retiré quelque chose de très positif. En tout cas ce sont les retours qu’on a eu. Finalement nous nous sommes retrouvés avec 8 personnes que nous avons réussi à fidéliser. Une petite partie de locaux et l’autre partie de demandeurs d’asile et de réfugiés. On a donc terminé avec une équipe venant d’horizons complètement différents mais qui était soudée dans ce projet commun de réaliser quelque chose ensemble. 

Vous avez donc proposé des ateliers de théatre?

 

Béatrice : Il y a eu 15 ateliers en tout. On a d’abord fait deux séances que Singa a appelé “séances tests” avant fin 2017. Marie et moi nous n’étions pas pour la séance test parce que dés le départ, on voyait ça sur le long terme. On ne voulait pas faire des “one shot” parce que ça n’apporte pas grand chose. On voulait qu’il y ait une évolution, qu’il y ait un parcours, que ce ne soit pas juste un passage. Même si Singa avait un peu peur, nous avons réussi à fidéliser des participants et à faire les 15 séances voulues qui se sont terminées par une présentation de là où on en était arrivé, une sorte d’atelier ouvert. 

Atelier ouvert de Singa- © équipe Prends p'art

Qu’est-ce que vous avez retiré de cette expérience? 

 

Béatrice : C’était une très belle aventure humaine. Au début, tout le monde se sentait un peu mal à l’aise, ils n’étaient pas sûrs de revenir. Peu à peu, ils n’avaient plus besoin de nous pour créer du lien. Ce sont des gens qui ne se seraient jamais rencontrés sans cette initiative. Il y a une grande affection qui s’est créée entre tout le monde. Ils veulent tous continuer, ce qui fait plaisir! 

Plus d’initiatives d’art participatif pour l’inclusion sociale? 

 

Tout ce qui peut aider à créer du lien. Seule solution pour que les masques tombent. Plus on en fait, mieux c’est. L’inclusion c’est l’inverse de l’exclusion. Il y a beaucoup de gens qui ont des idées préconçues dans la tête parce qu’ils ne se font pas leur propre avis. S’ils avaient l’occasion de se rencontrer lors d’ateliers, ils se rendraient compte qu’ils sont des êtres humains comme vous et moi et ça participerait donc à l’inclusion. 

L'équipe Prends p'art

Affiche atelier Singa - © équipe Prends p'art

Comment se passaient les ateliers? 

 

Béatrice : D’abord, c’est une masse de travail qu’on n’imagine même pas. On ne savait jamais d’une fois à l’autre qui allait revenir. On a laissé les inscriptions ouvertes très longtemps pour ne pas fermer le groupe trop vite donc on ne savait pas si on allait avoir des analphabètes, des personnes qui ne parlaient qu’arabe ou anglais. Il a fallu une grande préparation pour faire des improvisations où la langue n’était pas forcément un obstacle, des choses très visuelles mais tout en évitant de se répéter pour les gens qui se fidélisaient.  On a travaillé autour d’un thème. C’est très important que les animatrices sachent où elles vont pour ne pas se laisser entraîner. Les participants en ont besoin aussi, ça leur donne confiance et ça stabilise le groupe. Le thème qu’on a choisi était “Comment s’y retrouver?” ce qui nous paraissait un bon thème pour le public visé mais également pour les locaux. Chacun pouvait s’y inscrire avec son vécu. 

La co-création était au centre de ce projet. 

 

Béatrice: Personne n’avait encore fait de théâtre dans le groupe. On ne voulait pas qu’un texte soit un obstcale et on ne voulait pas non plus créer un décalage entre ceux qui parlaient français et ceux qui ne le parlaient pas. Des impros visuelles correspondaient donc plus à ce groupe. Très vite, nous nous sommes tournés vers des improvisations très ouvertes sur des thèmes comme “Vous voyez quelque chose de loin, essayez d’imaginer ce que c’est” et créer des liens entre eux sans la jouer personnel. Le but étant de créer du lien, il fallait faire des impros collectives. 

 

Atelier ouvert de Singa- scène © équipe Prends p'art

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